Friday, September 26, 2008

27 septembre 1994 - 27 septembre 2004

Le RDR, 14 ans de martyre

Demain samedi 27 septembre, le Rassemblement des Républicains, formation politique de type centriste et libéral, du Dr Alassane Dramane Ouattara, aura 14 ans de présence sur l’échiquier politique ivoirien. Il y a donc quatorze ans, jour pour jour que feu Djéni Kobina Georges et ses amis, qui avaient déposé une demande de création de parti en juin 1994 à la préfecture d’Abidjan, savouraient la naissance du RDR, sorti des entrailles du PDCI RDA, un an après la disparition de Félix Houphouët Boigny. A l’origine de ce schisme considérable, des malentendus et déconvenues d’ordre idéologique et de refus d’épouser l’air du temps que le «Fama» et ses collaborateurs du courant de la ‘’Rénovation’’ reprochaient aux nouveaux tenants du vieux parti. Honnis et marginalisés, notamment au congrès extraordinaire du PDCI en avril 94, Djéni et ses hommes claquèrent la porte, pour se retrouver au sein d’un parti qui aspire à apporter à la Côte d’Ivoire, «beaucoup plus de démocratie, de liberté et de justice sociale». Ces idées-forces seront au cœur de la première conférence du RDR le 4 octobre 94, dans une salle des fêtes de l’Hôtel Ivoire, pleine à craquer. Sous l’instigation et l’inspiration de celui qui en est le leader, Alassane Ouattara. Que de chemins parcourus! Que de douleurs et d’épreuves subies! Quelle marche abyssale et tumultueuse sur la route du pouvoir! A peine né, le RDR sera privé de sa jeunesse, pour devenir un grand parti, à la fois respecté et craint, dans un landerneau politique où, «tous les coups sont permis», et où l’angélisme est un bien grand crime. Dès 1995, le parti des républicains reçoit le premier signal de ce qui sera son existence de martyr. Son premier secrétaire général, Georges Djéni Kobina, est candidat à la députation à Adjamé et porte les aspirations de son parti à rafler de nombreuses mises aux législatives et autres élections. Il est stoppé dans son élan par le ministre de l’Intérieur d’alors, Emile Constant Bombet, ponte du PDCI, qui n’accepte pas son départ du vieux parti. Avec la bénédiction de ses maîtres, Bombet brandit l’étendard de l’exclusion : «Djéni Kobina n’est pas ivoirien». Un parti né dans la douleurL’onde de choc traverse la Côte d’Ivoire, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Les Ivoiriens sont terrifiés et tétanisés. Mais ont suffisamment de lucidité pour comprendre qu’il s’agit d’un complot. A qui ferait-on croire que le fonctionnaire de l’Etat de Côte d’Ivoire, le premier secrétaire général du SYNESCI, l’officier de réserve de l’armée ivoirienne, le directeur de cabinet de nombreux ministères, n’est pas un Ivoirien. Loin de porter un coup au RDR, cette cabale décuple sa détermination à lutter contre les politiques d’exclusion. Au sein du Front Républicain, créé avec le FPI de Laurent Gbagbo, Djéni et le RDR prennent la tête de la lutte pour la chute de toutes les citadelles d’embrigadement de la démocratie. Les marches et les meetings se succèdent pour dénoncer l’arbitraire et l’injustice qui frappent l’opposition. Une année plus tard, soit en 1997, pendant que Djéni se trouvait en mission à Dakar, au Sénégal, le parti au pouvoir lance un appât à son adjoint, Adama Coulibaly Nibi Zana. Ce dernier y mord à belles dents et entre au gouvernement contre l’avis de son parti. La tentative de destruction du parti naissant est en branle. Depuis Dakar, Djéni dénonce la manœuvre, non sans appeler à la grande mobilisation de ses partisans, devant la trahison de Adama Coulibaly. Cette autre épreuve, Djéni et ses compagnons, la surmontent assez joliment. Le secrétaire général du RDR a son opinion : «les faucons triomphent rarement des colombes». Comme une araignée, il tisse sa toile et implante le RDR sur toute l’étendue du territoire, au grand dam de ses détracteurs. Le désert promis a fleuri et la moisson assez abondante, pour résister aux adversités de toutes sortes. Pendant que le Premier ministre Ouattara se trouve en fonction au FMI aux Etats-Unis, le grand malheur s’abat sur le RDR, le mardi 18 octobre 1998. A la surprise et à l’émoi général, son secrétaire général, Djéni Kobina décède. Une épreuve de taille, qui survient à peine 4 ans après les premiers vagissements du parti républicain. C’est la grande tristesse à la rue Lepic de Cocody. La première trahisond’un cadreLa direction est abattue, les militants désamorcés. Rentré précipitamment au pays, Ado et ses partisans, organisent des obsèques dignes de ce nom à cet homme de convictions, opérateur de ruptures idéologiques et politiques. Au palais des sports pris d’assaut par les démocrates et républicains, Ado, devant tant de cynisme et de torts fait à Djéni, rugit et lance son cri de cœur historique : «Plus jamais ça en Côte d’Ivoire». Il ne savait pas qu’après Djéni, il devait prendre les choses en main et se mettre dans le viseur de ses adversaires. Le 1er Août 99, à peine a-t-il pris la présidence de son parti et s’est fait désigné comme son candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2000, que le parti au pouvoir sort à nouveau l’étendard de l’exclusion : Ado n’est pas Ivoirien. Le certificat de nationalité qu’il présente est frappé aussitôt de suspicion par les cerbères de l’Ivoirité. On lui dit même qu’il peut produire autant de certificats de nationalité, mais qu’il ne sera jamais ivoirien. On est de plain pied dans la politique politicienne. Il faut user et abuser de tous les moyens pour abattre un concurrent redoutable. Les enquêtes ne finissent pas, les interrogations des proches d’Ado, notamment de sa regrettée mère, ne cessent pas. Il faut atteindre l’homme dans ce qu’il a de plus cher : sa dignité. C’était peine perdue. Les militants et sympathisants du RDR font bloc autour de leur leader. «Ado puissanci» gagne en estime et sa cote de popularité atteint les sommets. Un homme charismatique est né. Le martyre ne fait que commencer. En septembre 99, après des mouvements de protestation contre la caporalisation des médias d’Etat, notamment la télévision, le pouvoir fait arrêter et jeter en prison toute la direction du RDR. Henriette Dagri Diabaté, nouvelle secrétaire générale, Amadou Gon Coulibaly, N’golo Coulibaly et les autres sont internés à la Maca. Le RDR est à la croisée des chemins mais ne fléchit pas. Une transition biaiséeDans le même moment un mandat d’arrêt est lancé contre son président Alassane Ouattara, «pour faux et usage de faux». L’atmosphère politique est délétère. Le pays sous tension. On en était là quand un coup d’Etat vient renverser le PDCI en décembre 99. Les célèbres prisonniers retrouvent la liberté et le RDR un temps de répit. Il ne dure que quelques petits mois. En complicité avec Laurent Gbagbo, qui a fait voler en éclats l’alliance du Front Républicain et qui accuse régulièrement le RDR d’être derrière le coup de force, le Général Robert Guéi fait invalider la candidature de Ouattara à la présidentielle d’Octobre 2000. Les républicains sont abattus mais ont suffisamment la force pour savoir que la fin de l’adversité n’est pas proche. Dès l’appel au «soulèvement populaire» de Gbagbo, le RDR est encore sous le poids de la répression. Ses partisans sont assassinés froidement par une armée aux ordres, pour avoir contesté la légalité d’une élection à deux vainqueurs déclarés. Un charnier est même découvert le 27 octobre 2000, essentiellement des partisans de Ouattara. Le martyre ne fait que commencer. Le nouveau pouvoir, l’ancien allié du Front Républicain ne laissera pas de repos à la formation de Alassane Ouattara. De 2000 à 2002, avant la guerre, des complots seront régulièrement organisés pour faire passer de vie à trépas, nombre des partisans de l’unique premier ministre de Félix Houphouët Boigny. Quand la crise éclate le 19 septembre 2002, Ado manque de se faire assassiné, comme le général Robert Guéi. Son aide de camp, Dosso Aboubakary est mutilé et tué par les escadrons de la mort envoyés à la résidence des Ouattara, pillée et rayée de la carte de Cocody. Le Président du RDR ne doit son salut qu’à son exfiltration du domicile de l’Ambassadeur d’Allemagne. Jusqu’avant la mise en branle des différents accords de paix, le RDR a payé au prix fort, sa volonté de lutter pour l’avènement de la démocratie et surtout d’accéder au pouvoir d’Etat, pour mettre en pratique son programme «vivre ensemble». Pendant 14 ans d’existence, il a fait beaucoup de sacrifices, payant dans le sang, sa détermination à arriver au sommet de l’Etat. C’est peu de dire que le RDR a connu 14 années de martyre. Qui l’ont ébranlé mais qui l’ont renforcé davantage sur le chemin de la victoire. En la matière, la prochaine présidentielle arrive comme pour couronner cette lutte sacrificielle et sonner véritablement le temps du RDR et de son président.Bakary Nimaga

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