« Géneviève Bro Grébé attaque : La Primature et la CEI nous ont menti»
L’opération d’enrôlement de la population en vue des élections a effectivement démarré lundi dernier. Mais au sein de la classe politique, on continue de douter du respect du rendez-vous du 30 novembre. Mme Bro-Grébé en donne ici les raisons. Devant les hésitations, les incertitudes qui persistent sur la tenue prochaine du premier tour des élections présidentielles fixées par la CEI au 30 Novembre 2008, l’amour de notre patrie nous impose un temps de réflexion en toute responsabilité. Le Président Mamadou Koulibaly, dans une note parue récemment dans Fraternité Matin, a largement fait le tour de la question de la crédibilité du prochain scrutin présidentiel à la date fixée par la CEI. Il a fait, à notre avis une juste analyse des faits irréfutables sur les questions de l’identification et de la préparation des élections. Ses conclusions sont limpides : ceux qui nous ont annoncé la tenue du premier tour des élections présidentielles au 30 Novembre 2008 dans notre pays, ont menti au Président de la République et à la Nation Ivoirienne tout entière ; nous devons tous, nous rendre à l’évidence dès maintenant que nous n’aurons ni cartes d’identité, ni cartes d’électeur, ni nouvelle liste électorale avant le 30 Novembre 2008. La CEI et la Primature nous ont donc menti. Et ils continuent de nous mentir à dessein. Nous sommes à 75 jours du scrutin présidentiel annoncé et aucune disposition tangible n’est encore prise. Il n’est donc pas responsable de la part de la CEI et ainsi que de la Primature de continuer à dire aux ivoiriens «de ne pas s’inquiéter » et que l’on va réaliser en 75 jours, ce qui était prévu d’être fait en 8 mois (c’est ce que crient haut et fort les dirigeants de SAGEM lorsqu’ils sont interpellés sur la question). Il faut être sérieux avec nous-mêmes et avec notre pays, notre mère patrie, la Côte d’Ivoire. C’est de notre avenir commun qu’il s’agit ; c’est de l’avenir de nos enfants qu’il s’agit. Alors que les faits sont irréfutables, mentir au Président de la République, devant la Nation tout entière, c’est manquer de respect à son pays, c’est ne pas être dignes de confiance. Pour notre part, nous assistons tous, complices à ce mensonge organisé, orchestré sans scrupule, par certains fils et filles de notre pays qui sont à la CEI et à la Primature pour nous imposer une fois encore une nouvelle déchirure sociale dont les conséquences seront sans commune mesure avec celles de la guerre inutile à nous imposée le 19 Septembre 2002. Une fois encore, certains d’entre eux veulent perpétrer leur sale besogne pour dépecer la bête en agonie. La seule ambition qu’ils ont, c’est de continuer à occuper le pays, à piller les ressources minières, cacaoyères, forestières du pays qui les a vu naître ou qui les a accueillis. D’autres veulent s’installer encore longtemps dans les fauteuils douillets des structures de l’Etat et profiter des biens de la Nation sans mérite aucun. Notre pays, la Côte d’Ivoire qui veut retrouver sa pleine liberté, dans tout ça ? Nos pauvres parents, notre pauvre jeunesse, notre pauvre population qui aspire à la paix depuis plus de cinq ans pour retrouver une vie normale, dans tout çà ? Nos populations qui crient famine à cause des méfaits de la crise, dans tout ça ? Nos enfants qui ont perdu tant d’années de scolarité à cause de la guerre, dans tout çà ? Ils s’en moquent peut-être ? Si ce n’est pas le cas, Comment comprendre donc leurs agissements, leur mensonge permanent ? Comment comprendre que les Forces Nouvelles refusent encore de désarmer et continuent de découper une partie de la Côte d’Ivoire en Zones ? Comment comprendre que les mêmes Forces Nouvelles continuent encore à avoir sur une partie du territoire une économie de guerre alors que plusieurs parmi eux profitent gaiement des largesses de la mère patrie? Comment comprendre que la CEI et la Primature continuent de vouloir nous rassurer sur la tenue des élections présidentielles à une date hypothétique du 30 Novembre 2008 alors que le quart des conditions préalables ne sont pas réunies pour démarrer le processus d’identification ? Comment des fils et des filles de la Nation, à qui l’on a confié la gestion de la question qui est au centre de la crise que traverse notre pays, c'est-à-dire, l’identification et la préparation des élections, peuvent-ils la traiter avec tant de légèreté ? Comment ? Les questions de l’identification et de la préparation des élections sont des sujets importants qui requièrent de notre part un traitement à la hauteur des vies humaines perdues, du retard pris par notre pays, des souffrances de nos populations qui perdurent. Bref elles exigent un traitement responsable dénué de tout intérêt partisan et mercantile quelconque. Il est donc temps que les ivoiriens, les ivoiriennes, les patriotes se rendent à l’évidence : les élections présidentielles, justes et transparentes ne pourront pas se tenir dans notre pays au 30 Novembre 2008 comme annoncées mordicus par la CEI et la Primature. Il est temps pour nous tous, comme un seul homme, d’implorer une décision du Chef de l’Etat pour éviter un nouveau Chaos à la Nation. Les risques qu’on veut nous faire prendre sont trop gros et leurs conséquences seront sans commune mesure. Premièrement, la réalisation en catastrophe, sans préparation préalable sérieuse du processus d’identification qui est au cœur de la crise et dont la qualité est fortement garante du retour de la paix ; les rebelles ne disaient ils pas hier que sans carte d’identité, ils ne désarmeraient pas ? Les centres d’enrôlement ne sont pas prêts, le personnel chargé de l’enrôlement n’est ni recruté, ni formé, les équipements d’enrôlement ne sont livrés que du tiers, l’équipement informatique de traitement n’est pas encore installé. Deuxièmement, la mise en œuvre de ce processus par une société étrangère (SAGEM SECURITE) qui, non seulement surfacture à l’Etat de Côte d’Ivoire des sommes faramineuses (75 Milliards de FCFA là où on peut faire aisément avec 35 Milliards de FCFA) mais prévoit en plus de nous spolier de la confidentialité de notre future «base de données populations» en confiant la production des cartes d’identité et d’électeurs à l’extérieur du pays. La Côte d’Ivoire ne peut pas, au moment où l’on cherche des solutions d’économie pour sortir de la crise laisser prospérer un cas aussi flagrant de mauvaise gouvernance alors que les solutions techniques proposées ne sont même pas viables pour le pays. La Côte d’Ivoire ne peut pas brader sa souveraineté pour les intérêts financiers d’un groupuscule de gens sans vergogne. Troisièmement, les équipements d’enrôlement proposés par cette structure et la méthode retenue sont sujets à sources d’erreurs et donc de conflits considérables. En effet, la double saisie par SAGEM et l’INS n’est pas fiable. Pourquoi ces doublons inutiles alors que l’on dispose aujourd’hui d’ordinateurs fiables pour une saisie unique des données ? Nous pouvons nous faire l’économie de cette bombe à retardement. Quatrièmement, il y a l’épineuse question du désarmement et de l’instabilité sécuritaire chronique des zones sous contrôle de plusieurs groupements d’intérêts opposés au sein des Forces Nouvelles. On ne peut pas faire prendre des risques à nos populations en organisant des élections dans cet environnement sécuritaire aussi instable. Les risques qui pèsent sur le succès des accords de Ouagadougou sont réels ; nous sommes encore loin de la paix. Il est temps d’agir pour encore une fois sauver la Nation du naufrage. Le sens de la responsabilité nous impose à nous tous d’agir pour permettre à notre pays de préparer une vraie paix, celle qui va garantir une indépendance et une souveraineté durables. C’est à la réflexion profonde que je voudrais inviter chaque ivoirien et chaque ivoirienne pour que nous trouvions ensemble des solutions pérennes pour notre avenir commun. Les solutions viables dans l’intérêt de tous existent, les ressources humaines en Côte d’Ivoire pour les mener à bien avec un processus et un chronogramme engageant pour tous de manière responsable, existent, la flamme de l’amour de la Patrie brule encore en chaque ivoirien et en chaque ivoirienne. Elle ne s’est jamais éteinte. Notre foi en l’avenir de notre pays brûle toujours nos cœurs et nos corps meurtris. Chacun, chacune d’entre nous devrait se placer au- dessus de tout intérêt quelconque pour élever notre Pays, la Côte d’Ivoire au- dessus de tout. Je voudrais donc encore vous inviter tous, toutes à l’action responsable, patriote, celle qui nous éloigne du mensonge et des complicités financières intéressées pour rebâtir véritablement ensemble notre beau pays. C’est aujourd’hui, le temps de l’Action au service de la Paix véritable et durable. C’est pourquoi, je voudrais demander, avec déférence, à Son Excellence Monsieur le Président de la République, de bien vouloir : 1 – initier une réunion extraordinaire des organes de mise en œuvre de l’Accord Politique de Ouagadougou afin de faire de nouvelles propositions adaptées pour l’organisation des élections en Côte d’Ivoire. 2 – Prendre toutes les dispositions utiles pour la résiliation de la Convention qui lie l’Etat de Côte d’Ivoire à la SAGEM pendant qu’il est encore temps.Abidjan, le 15 Septembre 2008Pour MIDI (Mouvement Ivoirien pour la Défense des Institutions)La PrésidenteGeneviève BRO-GREBE NB : Le titre et surtitre sont de la redaction
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=11767
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