Monday, September 22, 2008

Venance Konan (Journaliste indépendant) : "Après le 30 novembre, après le 15 décembre, on fait quoi ?"

“On ne se libère pas sans payer le prix " Notre président bien-aimé est si occupé qu`il n`a certainement pas remarqué que le prix du pétrole avait baissé sur le marché international. Il est même repassé sous la barre des cent dollars. Or, on avait augmenté le prix des carburants chez nous justement parce que notre chef nous avait dit que le cours du pétrole flambait sur le marché international. Que fait-il, maintenant que ce prix a baissé ? Que fait-il pour soulager les populations qui croulent sous le poids de la misère, lui qui aime tant ce peuple, si l`on en croit Abou Dramane Sangaré, le nouveau premier apôtre du Christ de Mama ? Dans les pays bien dirigés, on a répercuté cette baisse du prix du pétrole sur les consommateurs. Si nos dirigeants se souciaient un tant soit peu de notre bien-être, de nos souffrances, ils auraient réagi lorsque le prix du pétrole a baissé. Mais on le sait depuis longtemps déjà, notre sort est bien le cadet de leurs soucis. Leur seul souci est de construire d`horribles monuments et d`offrir des grosses voitures aux petites filles. Mais que font nos associations de consommateurs, nos syndicalistes, nos leaders d`opinion ? Je sais qu`il ne faut pas compter sur les leaders politiques dont la seule préoccupation est la tenue des élections, la preuve en est qu`on ne les a jamais entendu parler de nos problèmes, mais que fait tout le reste ? Le seul que j`ai entendu parler est Jean Louis Billon, le président de la Chambre de Commerce et d`industrie. Je crois que c`est parce qu`il aime trop parler de nos problèmes qu`on l`a convoqué à la DST. Mais que faisons-nous, nous Ivoiriens, pour que nos dirigeants s`occupent un peu de nous avec l`argent que nous produisons ? Que faisons-nous ? Apprenons un peu à revendiquer nos droits. Apprenons à exiger d`être traités décemment. Apprenons à dire de temps en temps non à ce qui ne nous convient pas. Mais surtout, comportons-nous en gens sérieux en nous donnant des leaders un peu sérieux. Que voulez-vous obtenir quand Al Moustapha est le président d`une association de consommateurs ? Alors, exigeons sans passer par qui que ce soit que l`on baisse le prix des carburants.Pour en revenir à mon président bien-aimé, je l`ai entendu dans l`un des nombreux discours qu`il a prononcés ces jours-ci, s`en prendre à ceux qui disent que l`accord de Ouagadougou avait échoué. Il est vrai que dans le Mamaïsme, tout ce que le Christ de Mama fait est forcément bon. Et tout le monde est tenu de dire que ce qu`il fait est bon. Parce que le Christ de Mama est un vrai génie. " Notre Voie ", la bible du mamaïsme, a même écrit récemment qu`il réunissait toutes les qualités de Barack Obama et de John Mc Cain à la fois, et que les mamaïstes ne verraient aucun inconvénient à le prêter aux Américains (je ne plaisante pas, ils l`ont vraiment écrit, et pas pour rire). Donc, le Christ de Mama a dit qu`il ne comprenait pas comment des gens qui n`avaient pas signé ce si bel accord de Ouagadougou pouvaient dire qu`il avait échoué. Eh oui ! C`est comme ça dans la mamaïsme. Celui qui n`a pas participé à la signature de notre joli accord de Ouagadougou n`a pas le droit de le critiquer. Et un mamaïste qui critique notre génial accord de Ouagadougou s`expose inévitablement à l`excommunication. Donc chef, on fait quoi de la mère Simone qui a dit textuellement sur RFI que l`accord de Ouagadougou ne marche pas ? De nombreux journaux ont d`ailleurs repris ses propos hérétiques. Peut-elle continuer à être la mère supérieure après de tels propos ? On tient de tels propos et après on s`étonne qu`il y ait une seconde mère supérieure !Cela dit, même si on n`a pas le droit de critiquer l`accord de Ouagadougou dont on ne vantera jamais assez les qualités, on fait quoi devant un accord qui ne donne pas les résultats espérés ? C`est notre chef bien-aimé qui vient d`avancer la date du 15 décembre comme possible date pour la tenue de l`élection présidentielle. C`est lui-même qui, en signant l`excellent accord de Ouagadougou avec le non moins excellent Premier ministre, avait dit que l`élection se tiendrait dix mois après sa belle signature. C`est lui-même qui est venu nous parler après de juin 2008. C`est encore lui qui a parlé ensuite de 30 novembre. Et c`est lui qui vient de parler de 15 décembre. C`est tout cela qui fait dire au premier apôtre Abou Dramane Sangaré que notre chef bien-aimé est un homme qui respecte toujours sa parole. C`est ce qu`il a dit lors de la convention du FPI à Yamoussoukro devant une salle qui n`a curieusement pas éclaté de rire. Les mots mamaïstes n`ont pas toujours le même sens que dans votre français de France. C`est d`ailleurs pourquoi un bon mamaïste se doit de haïr la France. Même s`il y planque son argent et ses enfants, et si c`est sa destination préférée pour ses vacances et son shopping. Notre chef bien-aimé qui tient toujours parole a dit le lundi dernier, en lançant l`opération d`identification que l`élection aura bien lieu le 30 novembre. Ou le 15 décembre. C`est en français de France ou en français mamaïste ? Si c`est en français mamaïste, ce qui est le plus probable, on fait quoi, nous autres athées ? On fait quoi après le 30 novembre ? Je sais que plusieurs d`entre vous, surtout ceux du PDCI et du RDR diront qu`il faudra attendre le 15 décembre. Bon, on fait quoi le 16 décembre ? Parce que mon intime conviction est qu`il n`y aura pas d`élection, ni le 30 novembre, ni le 15 décembre. Qui prend le pari ? J`avais proposé dans un précédent papier qu`en cas de non tenue de l`élection, nous organisions une rencontre nationale à laquelle on pourrait donner tous les noms que l`on voudra, pour préparer une transition sans les leaders politiques actuels qui sont en train de nous conduire dans le gouffre. Au risque de passer pour un radoteur, je réitère cette même proposition. De nombreux lecteurs m`avaient écrit pour me dire qu`ils soutenaient l`idée. Mais ils m`ont presque tous demandé comment il fallait procéder. Je leur ai répondu que les Ivoiriens aimaient bien, une fois qu`on leur avait donné à manger, que l`on mâche ensuite cette nourriture pour eux. Je propose donc que tous ceux qui soutiennent cette idée le fassent savoir. Non pas en m`écrivant, mais en l`écrivant dans les journaux, dans des pétitions, dans des meetings, dans des manifestations. Le droit de manifester est inscrit dans la constitution. Je sais que le mamaïsme a une propension à tirer sur ceux qui manifestent, parce qu`il se nourrit du sang du peuple, mais on ne se libère pas sans en payer le prix. Nous ne pouvons pas échapper à ce débat national parce que nous n`avons résolu aucun des problèmes qui nous ont conduits à cette crise. L`accord de Linas-Marcoussis qui avait été signé par tous les partis politiques ivoiriens avait abordé tous ces problèmes et proposé des solutions. Il y avait le problème de l`identité d`une partie de notre population, celui de la propriété des terres, de la constitution, de l`élection. Linas-Marcoussis a été piétiné par le clan mamaïste dont tout le monde sait qu`il est minoritaire. Tous ces problèmes sont demeurés en l`état. Et sont venus s`y ajouter ceux de l`école qui ne produit que des délinquants, de l`impunité, de la violence institutionnalisée, de la violation massive des droits de l`homme, de la corruption généralisée, de la perte totale des valeurs qui fondent les nations civilisées. Pouvons-nous éviter de débattre de ces problèmes si nous sommes vraiment des gens responsables ? Où peut-on aller dans de telles conditions ? Continuer à garder les yeux fermés, c`est préparer la prochaine rébellion. Quelle société voulez-vous construire lorsque les modèles qui sont proposés à la jeunesse sont Blé Goudé et Wattao ? Quel goût de l`effort voulez-vous inculquer aux jeunes élèves et étudiants lorsque l`on obtient un DESS sans passer de maîtrise et après avoir triché à la licence ? On a tous vu que lorsque l`on prend les armes dans ce pays, on devient premier ministre, ministre, grand type. On a vu que lorsque l`on casse des banques, l`on devient une vedette reçue en grandes pompes à la télévision, on a droit au salon d`honneur. Quelle jeunesse veut-on avoir ? Mes chères sœurs, mes chers frères, si nous aimons vraiment ce pays, si l`avenir de nos enfants nous préoccupe, nous devons nous battre par tous les moyens pour obtenir cette concertation nationale. Nous devons nous battre contre tous ceux qui nous ont pris en otage uniquement pour satisfaire leurs seules ambitions. Voyez tout près de nous le Liberia, et un peu plus loin la RDC.Venance Konanemail :venancekonan@yahoo.fr

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