Qui a donc tué Robert Guéi ?
Un long et lourd silence de six ans. C’est le temps observé par le Président Laurent Gbagbo, pour ouvrir la question de l’assassinat du Général Robert Guéi, l’ancien patron de la junte militaire qui a évincé le Président Henri Konan Bédié le 24 décembre 1999. Recevant le vendredi dernier, les populations de Man, Gbagbo a tenté d’expliquer le meurtre de l’illustre fils de Kabakouma, s’il n’a pas voulu faire porter le chapeau de sa mort à des adversaires politiques. « J’irai d’abord à Kabakouma, dans le village de Guéi Robert, pour rencontrer ses parents et leur expliquer où, quand et comment Robert Guéi et moi nous nous sommes connus et ce que nous faisions ensemble. Les gens ne savent rien et ils parlent. Je vais aller au village et régler cela avec la famille. Quand l’incompréhension sera réglée, je commencerai la tournée », a –t-il déclaré à ses hôtes. Pour se faire mieux entendre et surtout se disculper de toute responsabilité, Gbagbo n’a pas manqué d’avancer ces propos : « Comme nous, à l’ouest, nous ne pouvons laisser passer quelque chose sans faire d’histoires, on a fait circuler l’information selon laquelle, c’est moi, Laurent Gbagbo, qui l’ai tué ». La main sur le cœur, Gbagbo jure qu’il n’a pas tué le général Guéi. Sur le sujet, il rejoint le fils de l’ex homme fort du CNSP, Franck Guéi, qui, pour des besoins que l’on a fini par comprendre, accusait Bédié et Ouattara, d’être responsables de la disparition de son géniteur. Mais à côté des déclarations de Gbagbo et de Franck Guéi, il y a sans doute la vérité historique, celle que les Ivoiriens ont entendue en ce jour du 19 septembre 2002, date de l’éclatement du conflit ivoirien. Ce jour-là, sur les ondes d’une radio étrangère, le président du FPI, Pascal Affi N’guessan a accusé ouvertement Guéi d’être derrière les attaques, avant même de dire qu’il a été vu au combat à la tête de troupes et qu’il s’apprêterait à aller à la télévision, annoncer son retour au pouvoir. Quelques heures plus tard, le général Guéi a été assassiné ainsi qu’un nombre important de son entourage, dont son épouse Rose et son aide de camp, le capitaine Fabien Coulibaly. Cela, les Ivoiriens et particulièrement les parents de Guéi Robert ne l’ont pas oublié. Devant les parents de Guéi, le grand chef a-t-il eu du remords pour la disparition de l’ancien patron de la transition militaire ? Le philosophe Jean Paul Sartre, nous en donne une idée assez nette : « le plus lâche des assassins, c’est celui qui a des remords ». Qu, autre que le FPI avait intérêt à tuer Guéi, si tant est que selon Pascal Affi N’guessan, l’officier supérieur allait lui ravir le pouvoir ? Par ailleurs, comment interpréter les propos tenus par Gbagbo, il n’y a pas longtemps, devant les ressortissants de Guiglo et de Bloléquin : « Celui qui me déstabilise trouve la mort » ? Si Gbagbo n’a pas personnellement porté le coup à Robert Guéi, il en est certainement le bénéficiaire de cette action. « Les crimes que l’on commet en notre nom, il faut bien que nous en soyons personnellement complices », nous enseigne Sartre. A la vérité, l’ « incompréhension » continue de demeurer entre les populations de Man et Laurent Gbagbo. Ce qui importe aux parents de Robert Guéi, c’est l’identité du meurtrier de leur enfant et frère, et non de savoir comment et où Gbagbo a rencontré Guéi. Le vrai débat n’est pas à ce niveau. Il faut donc espérer que lors de sa prochaine visite à l’ouest, Gbagbo mette véritablement son séjour à profit, pour redire aux parents la thèse connue de la mort de l’ancien Chef d’Etat ivoirien.Bakary Nimaga
http://www.lepatriote.net/lire/e7aab797-0273-4fe4-bd82-bb42bd9c15d6.aspx
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